Nommer le vivant : interroger notre manière de dire et d’habiter le monde

Février 2026

Aggelos a conçu et réalisé l’exposition temporaire « Nommer le vivant, dire le monde » présentée au Musée d’Ethnographie de Bordeaux (MEB). Le projet interroge la manière dont les sociétés nomment, classent et distinguent les êtres vivants, et ce que ces choix révèlent de notre façon d’habiter et de penser le monde.

À travers un parcours scénographique structuré, l’exposition met en lumière le lien étroit entre langage, classification et vision du monde. Dans un contexte où la biodiversité est décrite comme menacée, cette exposition invite à déplacer le regard sur le vivant, tout en s’appuyant sur une démarche de réemploi scénographique intégrée dès la conception par Aggelos.

Nommer le vivant : interroger notre manière de dire et d’habiter le monde

Comprendre le propos de l’exposition « Nommer le vivant, dire le monde »

L’exposition est conçue comme une exposition temporaire du Musée d’Ethnographie de Bordeaux. Son principe central consiste à interroger la relation entre le langage et le vivant, en se demandant comment les sociétés attribuent des noms aux êtres vivants et ce que ces noms révèlent.

Plusieurs questions structurent explicitement le propos :

  • Quelles formes du vivant reçoivent un nom selon les sociétés ?
  • Selon quelles règles ?
  • Comment classons-nous ce que nous distinguons par un nom ?
  • Et pourquoi les noms changent-ils parfois ?

Ces questions ne sont pas abordées comme des abstractions, mais comme des portes d’entrée pour comprendre notre manière d’habiter et de penser le monde. Nommer devient ainsi un acte révélateur : il dit quelque chose de la façon dont une société perçoit le vivant, l’organise et lui donne une place. Les noms ne sont ni neutres ni figés : ils évoluent, se transforment, et ces changements sont porteurs de sens.

Questionner la manière dont nous nommons les êtres vivants revient à questionner plus largement notre rapport au monde et au vivant.

Enjeux, points de vigilance et limites exprimées

L’exposition assume une posture de questionnement plutôt que d’affirmation. Plusieurs points de vigilance apparaissent dans le discours.

  • Le sujet du classement et de la nomination est présenté comme complexe et dépendant des sociétés. Il n’existe pas une manière unique de nommer ou de classer le vivant : les règles varient selon les contextes culturels, historiques et sociaux. Cette diversité implique de ne pas figer le propos dans une vision unique ou normative.
  • L’exposition montre que les noms « révèlent » quelque chose, sans affirmer qu’ils déterminent entièrement nos comportements. Le discours laisse volontairement une part d’ouverture sur ce que ces révélations produisent concrètement.
  • Le choix du réemploi, et en particulier la conservation de l’ossature murale en litho du MEB, impose des limites structurelles. Ces contraintes influencent directement le cheminement du visiteur et l’accès aux informations, et nécessitent une réflexion spécifique sur la manière de rendre les contenus lisibles et accessibles.
Nommer le vivant : interroger notre manière de dire et d’habiter le monde

Une approche scénographique pensée en quatre temps

Pour répondre à ces enjeux, l’exposition est structurée autour d’un parcours scénographique en quatre temps distincts, clairement énoncés dans la retranscription.

  • Le premier temps, « Désigner, distinguer, identifier », pose les bases : il s’agit de comprendre comment un être vivant est repéré et différencié.
  • Le deuxième temps, « Nommer, c’est aussi classer », met en évidence le lien entre le nom et l’organisation du monde, en montrant que nommer revient aussi à ranger et à catégoriser.
  • Le troisième temps, « Nommer, c’est dire le monde », élargit la réflexion : les mots utilisés racontent une vision du monde et traduisent une manière de le penser.
  • Le quatrième temps, « Changer de nom pour changer le monde », introduit l’idée que les noms ne sont pas immuables et que leur évolution peut accompagner des transformations plus larges.

Une fois ce parcours défini, un travail précis d’élaboration des plans est mené. Il consiste à positionner l’ensemble des objets présentés par le MEB, à recueillir tous les contenus textuels et iconographiques, puis à les répartir dans l’espace et sur les supports. L’objectif est de créer une expérience de visite « mémorable ».

Choix visuels, couleurs et symboliques mobilisées

Le parti pris graphique joue un rôle central dans la transmission du propos. Chaque temps du parcours est associé à une palette de couleurs spécifique : bleu et orange pour le premier, bleu et jaune pour le deuxième, bleu et rose pour le troisième, rose et orange pour le quatrième. Le choix de dégradés vifs, décrits comme acidulés et presque fluo, est justifié par leur capacité à évoquer le vivant.

Ces couleurs renvoient à des références explicitement citées : les méduses phosphorescentes, les cellules observées au microscope, ou encore le blob, organisme unicellulaire capable de s’auto-régénérer, présenté comme une source d’inspiration et un symbole du vivant.

Le visuel de l’affiche participe également à cette logique symbolique. Il repose sur un fond bleu nuit sur lequel est représenté un dessin mêlant deux êtres vivants : une pieuvre et un arbre. Les racines de l’arbre se confondent avec les tentacules de la pieuvre, illustrant l’idée d’un monde systémique et interdépendant. Cette superposition met en relation deux éléments nourriciers pour le monde, l’eau et la terre.

Le fond bleu nuit est lui-même porteur de sens, évoquant à la fois les fonds marins et le ciel. Des filaments blancs, répartis sur toute la surface de l’affiche, renforcent la dimension organique du propos. Ils peuvent évoquer des cartes topographiques, le mycélium des champignons ou des courants marins, et rappellent ainsi la thématique centrale : le vivant et notre manière de nommer le monde.

Impacts, effets et enseignements du projet

L’exposition « Nommer le vivant, dire le monde » propose une expérience qui articule réflexion intellectuelle, parcours scénographique et choix visuels cohérents. Elle met en évidence le rôle du langage dans notre rapport au vivant, sans chercher à clore le débat. Le visiteur est invité à s’interroger sur ses propres catégories, ses habitudes de nomination et ce qu’elles traduisent.

Le projet montre également qu’une démarche de réemploi peut être intégrée au cœur d’une exposition, non comme une contrainte subie, mais comme un principe structurant. La conservation de l’ossature existante et l’agrégation de nouveaux supports témoignent d’une logique d’imbrication entre contenu, forme et contraintes matérielles.

Enfin, l’exposition laisse volontairement ouvertes certaines questions : que change concrètement le fait de renommer ? Jusqu’où le langage peut-il accompagner une transformation de notre rapport au monde ? Ces interrogations, suggérées plutôt qu’affirmées, prolongent la réflexion au-delà du parcours de visite.

Pourquoi accompagner ce projet a fait sens pour Aggelos

  • Le projet réunit plusieurs dimensions qui font sens dans notre manière de concevoir les expositions. D’une part, il s’agit d’un sujet profondément actuel, qui invite à questionner notre rapport au vivant travers le langage, la classification et les manières de penser le monde.
  • D’autre part, l’exposition a été conçue à partir d’un principe de réemploi, en conservant l’ossature murale existante du MEB et en venant y agréger de nouveaux supports.

C’est dans cette articulation entre sens, scénographie et responsabilité que le projet a trouvé, pour Aggelos, toute sa justesse.

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