Chez Keolis Bordeaux, la RSE comme colonne vertébrale !

Janvier 2026

Entretien avec Laurence Vercucq, directrice RSE et Corinne Montoya, chargée de mission RSE de Keolis Bordeaux.
Propos recueillis par Éloi Choplin

Explorer la RSE à travers celles et ceux qui la vivent

Face à l’urgence écologique et sociale, les entreprises ne peuvent plus se contenter d’intentions ni de prendre les consommateurs pour des invertébrés. Cette série d’entretiens donne la parole à celles et ceux qui font vivre la responsabilité au quotidien.

➡️​Derrière la RSE, paroles d’engagements

Keolis Bordeaux : la RSE comme colonne vertébrale


Ce nouvel épisode est une belle rencontre avec Laurence Vercucq et Corinne Montoya.

Où l’on voit que chez Keolis Bordeaux, la RSE est décrite comme une mécanique qui tient dans la durée : une base QSE, des process, des exigences contractuelles, une gouvernance, et une culture de l’amélioration continue.

Un parcours qui mène naturellement à la RSE

Éloi Choplin : Qu’est-ce qui vous a menées à la RSE ?

Laurence Vercucq : aujourd’hui, j’occupe le poste de directrice RSE. Avant, j’étais directrice QSE. Cette évolution s’est faite naturellement : Keolis à Bordeaux est engagée dans une démarche RSE depuis 2013, et notre RSE est née et a grandi sur le socle QSE et les systèmes que nous avions déjà déployés.
Mon parcours vient du tunnel sous la Manche. J’ai toujours travaillé dans des systèmes de transport de voyageurs. Je suis arrivée ici il y a 16 ans.
La dynamique RSE s’est renforcée avec le contrat démarré le 1er janvier 2023, le passage en société à mission et la structuration d’une stratégie plus aboutie. Ce moment a aussi marqué une prise de conscience collective : nous sommes un acteur majeur du territoire, avec une utilité très concrète pour un grand nombre de personnes. Nous avons aussi voulu sortir d’une vision réductrice (“la RSE = déchets et énergie”) pour travailler une RSE “à 360 degrés”, sur l’ensemble des sujets.

Corinne Montoya : dans mon cas, il y a eu une “conversion” par ma cheffe. J’ai rejoint Keolis il y a 16 ans aussi. Laurence était là depuis six mois. Je venais d’une reprise d’études tardive : j’ai fait un stage de six mois avec elle, puis elle m’a rappelée quand elle a monté son service.
J’ai démarré en RH, puis j’ai basculé vers la SST. Je me suis formée au fil de l’eau.
Après un peu plus de dix ans en SST, j’avais déjà un pied dans la RSE via les reportings, notamment la déclaration de performance extra-financière. Avec le nouveau contrat, j’ai eu l’opportunité de basculer sur la RSE à temps plein.

“Nous respirons RSE” : quand les process deviennent le moteur

Vous dites que la RSE est la colonne vertébrale. Concrètement, ça veut dire quoi ?

Corinne Montoya : Mon rôle consiste à décliner la stratégie RSE dans l’ensemble de l’entreprise, en l’inscrivant au cœur des processus, grâce à la logique “process” portée par le système de management intégré QSE.
Historiquement, nous sommes partis du QSE pour aller vers la RSE. Aujourd’hui, le mouvement s’est inversé : le QSE, comme d’autres sujets transverses, (énergie, gestion des actifs), viennent désormais s’articuler autour de la stratégie RSE.
C’est ce qui nous permet de le dire simplement : la RSE ne se juxtapose pas à nos activités, elle se vit au quotidien. Elle est intégrée, et même “respirée”, dans les processus de l’entreprise.

Laurence Vercucq : nous ne disons pas que c’est simple. En revanche, nous avons créé les conditions pour intégrer la RSE dans l’organisation. L’approche par les processus y contribue fortement : lorsqu’une entreprise dispose d’une cartographie claire et d’un fonctionnement structuré, l’intégration de la RSE devient plus naturelle.
Cette logique s’est renforcée avec le cadre des certifications (ISO 9001, 14001, 45001), qui reposent elles aussi sur une approche processus et ont permis d’ancrer durablement la RSE dans nos modes de fonctionnement.

Corinne Montoya : cette structuration donne aussi de la légitimité. Laurence a pensé l’approche, et nous avons pu sensibiliser, former, et organiser le travail. Et le contrat est construit de façon à ce que chaque direction ait un rôle à jouer.

Keolis Bordeaux : la RSE comme colonne vertébrale

Embarquer sans “théorie” : partir de ce que les équipes font déjà

Comment faire pour embarquer largement, sans rajouter une couche de discours ?

Corinne Montoya : nous avons fait un choix clair : plutôt que de commencer par une liste d’engagements ou une politique RSE, nous partons de ce que les personnes font déjà au quotidien. Nous rattachons ensuite ces pratiques à la RSE.
L’objectif est de rendre visible ce qui existe, de “mettre le doigt dessus” et de dire : vous contribuez déjà. C’est avant tout une manière de redonner du sens.
Avec le temps, ce lien s’installe plus naturellement, y compris dans des échanges opérationnels réunissant responsables et agents.

Le contrat avec Bordeaux Métropole a-t-il accéléré votre dynamique RSE ?

Laurence Vercucq : quand j’ai découvert le cahier des charges, ma réaction a été immédiate : « chouette, nous allons faire de belles choses et nous allons bien nous amuser ». Le niveau d’exigence était élevé, avec une annexe de plus de 60 pages consacrée à ces sujets. Et, de notre point de vue, c’était une première à ce niveau dans un contrat de délégation de service public, tel que connu dans les réseaux Keolis.
Et nous avons aussi été choisis parce que la réponse en matière de RSE était solide.

Keolis Bordeaux : la RSE comme colonne vertébrale

Remettre l’impact dans l’équation

Vous insistez sur l’extra-financier. Pourquoi ?

Laurence Vercucq : parce que le financier reste structurant. C’est pour cela que je parle volontairement d’“extra-financier” : le mot “financier” est dedans, et cela facilite l’adhésion des équipes concernées.
Nous avons ainsi mis en place un budget vert, qui permet de flécher les dépenses ayant un impact positif en matière de RSE. L’objectif n’est pas de bouleverser l’entreprise, mais de sortir d’une lecture exclusivement financière des décisions.
J’ai aussi pris le temps d’expliciter les risques : une pollution environnementale a un coût, tout comme un social mal construit.
Cette approche s’est installée dans la durée, notamment parce que nous avons fait le choix de produire des déclarations de performance extra-financière, alors même que nous n’y étions pas tenus réglementairement.
Et je le dis clairement : la RSE n’est pas un “monde sans argent”. Elle repose sur un équilibre entre trois piliers : environnemental, social et économique. Si l’un d’eux ne tient pas, l’ensemble ne fonctionne pas.

Keolis Bordeaux : la RSE comme colonne vertébrale

Le label comme grille de lecture pour structurer la progression

Quels outils vous ont aidées à structurer votre maturité RSE ?

Laurence Vercucq : le label AFNOR “Engagé RSE” a joué un rôle structurant. Nous avions atteint le niveau 3, et nous ambitionnions le niveau 4 (exemplarité). Bordeaux Métropole a rendu le niveau 3 obligatoire dans le cahier des charges. Nous l’avons vécu comme une exigence cohérente, et même comme quelque chose de “bien inspiré”.
Mais il faut être lucide : ce n’est pas “en deux ans”. C’est une progression.

Corinne Montoya : ce label “met du ciment” : il nous sert de cadre pour structurer les démarches que nous lançons et donne de la consistance à chaque initiative.
Nous travaillons dans une logique de culture projet : le label est un projet, les certifications sont des projets, avec des pilotes identifiés et des contributions clairement réparties.
Cela suppose, bien sûr, une réelle disponibilité de la part des équipes impliquées.

Sans soutien, la RSE s’épuise. J’ai l’impression que vous agissez un peu comme des cheffes d’orchestre. D’un bel orchestre ! Comment l’avez-vous rendue tenable ?

Corinne Montoya : L’image nous parle : nous sommes des cheffes d’orchestre. Nous jouons la partition et nous faisons jouer les musiciens.
Cette organisation, nous la vivons positivement, parce qu’elle s’appuie sur une gouvernance solide. Le CODIR est impliqué ; Laurence en fait partie, ce qui facilite l’infusion de la RSE à tous les niveaux.
J’interviens trois fois par an lors des revues RSE. Entre ces temps forts, des groupes de travail et un comité interne prennent le relais. Le pilotage est structuré.
Et puis, il y a l’impulsion du directeur général, Pierrick Poirier. Cela change tout. Nous l’avons constaté sur d’autres contrats : sans ce niveau de portage, la RSE a tendance à s’isoler.

Laurence Vercucq : au début, j’ai vécu des moments de solitude comme tout le monde. Puis les choses se sont structurées. Aujourd’hui, nous échangeons régulièrement avec nos homologues au sein du réseau Keolis.
À Bordeaux, nous sommes identifiés comme un réseau “tête de file” sur plusieurs sujets. Cette reconnaissance crée une dynamique d’entraînement : cela fait boule de neige.
Le passage en société à mission a également eu des effets en interne. Sur certains recrutements, des candidats expliquent avoir repéré ce statut et le programme RSE associé, et précisent que cela a compté dans leur décision.

Corinne Montoya : nous cherchons aussi à être identifiés sur le territoire. L’entreprise compte 3 010 salariés. Et nous sentons un “curseur” bouger : auparavant, le réflexe était de parler de TBM, et nous entendons davantage “Keolis”.

Le lien avec les usagers est-il aussi un terrain RSE ?

Laurence Vercucq : la visibilité du réseau est forte : même des non-usagers voient ce que nous faisons. Une grande partie des retours nous parvient d’ailleurs par le biais des réclamations, souvent sur des sujets très concrets.
L’enjeu est aussi d’élargir les thèmes abordés avec le public, au-delà des seules pannes ou des travaux, qui font néanmoins partie de la réalité quotidienne d’un réseau de transport.

Corinne Montoya : le lien usagers se fait surtout via la DMCI (direction marketing commerciale et intermodalité), qui fait interface avec nous. Et nous avons aussi des remontées via Bordeaux Métropole, dans nos instances de travail avec l’autorité organisatrice.

Keolis Bordeaux : la RSE comme colonne vertébrale

Conseils, clichés, ressort personnel : ce qui fait tenir la démarche

Si vous aviez des “trucs et astuces” à partager à d’autres responsables RSE, ce serait quoi ?

Corinne Montoya : le maître mot, c’est l’amélioration continue. Pour une entreprise comme la nôtre, habituée aux certifications et aux systèmes de management, cela prend tout son sens.
Je le vois comme un outil : la RSE est un levier pour progresser en continu sur l’ensemble des dimensions du développement durable. Et, dans le contexte actuel, nous en avons clairement besoin.
Il y a aussi un point décisif : la manière dont les sujets sont portés. Si la personne en charge n’est pas convaincue, si elle ne “vit” pas la RSE et ne parvient pas à en donner le sens, la démarche ne prend pas. L’incarnation est essentielle.

Laurence Vercucq : pour les PME, j’entends que l’exercice peut sembler difficile : beaucoup perçoivent d’abord la RSE comme une contrainte financière. Lorsque j’ai l’occasion d’échanger avec elles, je dis toujours la même chose : inutile de viser l’aboutissement complet. Il faut avancer par étapes.
Dans les contrats, les clauses RSE peuvent aussi jouer un rôle d’entraînement. Nous en intégrons, sans exiger nécessairement un niveau de label, mais suffisamment pour encourager l’évolution des pratiques.

Corinne Montoya : dans beaucoup d’entreprises, il existe déjà des pratiques relevant de la RSE, au moins sur le pilier social interne. L’enjeu consiste à les identifier, à les structurer et à leur donner du sens. Le volet environnemental, en revanche, peut s’avérer plus coûteux et plus complexe, en particulier pour les petites structures.
J’observe aussi que certaines PME agissent déjà, parfois sans appeler cela “RSE”, notamment à travers des dispositifs soutenus localement. Quoi qu’il en soit, la trajectoire est désormais incontournable : une entreprise qui n’engage pas cette réflexion passe à côté des enjeux actuels.

Keolis Bordeaux : la RSE comme colonne vertébrale

Enthousiasme, méthode, gouvernance : les clés de la boule de neige

Le petit mot de la fin, de l’intervieweur : ce qui marque d’abord, c’est leur énergie : un ton positif, sans nier la difficulté (“ce n’est pas facile”), mais avec une vraie envie de faire.
Ensuite, leur méthode : si la RSE tient dans le temps, c’est parce qu’elle est solidement arrimée à une organisation : des process, des systèmes de management, une culture projet. Il ne s’agit pas d’une “campagne”, mais bien d’un mode de fonctionnement.
Troisième point clé : la gouvernance. CODIR impliqué, revues régulières, comité interne, impulsion de la direction générale. Lorsque ce portage existe, la RSE cesse d’être un sujet isolé.
Enfin, le message adressé aux autres structures est clair : avancer par étapes, raisonner en termes de risques et d’opportunités, et surtout incarner la démarche. C’est à cette condition que la dynamique s’installe… et qu’elle devient, progressivement, une véritable boule de neige.

Pour aller plus loin :

Voir toutes les références
Vous avez une idée ? Un projet ?
Contactez-nous