Chez Keolis Bordeaux Métropole Mobilités, la RSE comme colonne vertébrale !

Entretien avec Laurence Vercucq, directrice RSE et Corinne Montoya, chargée de mission RSE de Keolis Bordeaux Métropole Mobilités.
Propos recueillis par Éloi Choplin

Explorer la RSE à travers celles et ceux qui la vivent

Face à l’urgence écologique et sociale, les entreprises ne peuvent plus se contenter d’intentions ni de prendre les consommateurs pour des invertébrés. Cette série d’entretiens donne la parole à celles et ceux qui font vivre la responsabilité au quotidien.

➡️​Derrière la RSE, paroles d’engagements

Keolis Bordeaux : la RSE comme colonne vertébrale


Ce nouvel épisode est une belle rencontre avec Laurence Vercucq et Corinne Montoya.

Où l’on voit que chez Keolis Bordeaux Métropole Mobilités, la RSE est décrite comme une mécanique qui tient dans la durée : une base QSE, des process, des exigences contractuelles, une gouvernance, et une culture de l’amélioration continue.

Un parcours qui mène naturellement à la RSE

Éloi Choplin : Qu’est-ce qui vous a menées à la RSE ?

Laurence Vercucq : aujourd’hui, je suis directrice RSE après avoir exercé les fonctions de directrice QSE. Cette évolution s’est faite naturellement : la filiale de Keolis à Bordeaux est engagée dans une démarche RSE depuis 2013, démarche qui est née et a grandi via un système de management QSE que nous avons déployés depuis plusieurs années.

J’ai débuté ma carrière professionnelle dans une entreprise qui exploitait le tunnel sous la Manche. J’ai toujours travaillé dans le secteur de transport de voyageurs. Je suis arrivée ici à Bordeaux il y a 16 ans. Le contrat de délégation de service public de transport urbain de voyageurs de la métropole bordelaise débuté en 2023 a permis à l’entreprise de renforcer son engagement RSE avec sa transformation en société à mission et la structuration d’une stratégie ESG. Ce moment a aussi marqué une prise de conscience collective : en tant qu’acteur privé majeur du territoire, nous proposons un ensemble de services d’utilité publique, ce qui est très concret pour un grand nombre de personnes. Nous avons aussi voulu modifier le positionnement d’une RSE historiquement tournée vers une gestion des déchets et de la consommation d’énergie vers une RSE “à 360 degrés” intégrée dans l’ensemble des sujets.

Corinne Montoya : : j’ai rejoint la filiale bordelaise de Keolis il y a 16 ans.

Après un parcours en gestion des ressources humaines et une reprise d’études, j’ai intégré la filiale Keolis Bordeaux en tant que coordinatrice santé sécurité du travail puis Responsable SST. Mon intérêt pour la RSE s’est amorcé au cours de mon parcours universitaire mais plus naturellement au travers de mes activités professionnelles dans le service QSE,  et mon implication dans la production d’une déclaration de performance extra-financière.

“Nous respirons RSE” : quand les process deviennent le moteur

Vous dites que la RSE est la colonne vertébrale. Concrètement, ça veut dire quoi ?

Corinne Montoya : mon rôle consiste à décliner la stratégie RSE dans l’ensemble de l’entreprise, en l’inscrivant au cœur des processus, portés par le système de management intégré QSE.

Historiquement, nous nous sommes appuyés sur un système de management QSE robuste pour y intégrer la RSE. Aujourd’hui la stratégie RSE porte les sujets transverses tels que l’énergie, la gestion des actifs, l’innovation …

C’est ce qui nous permet de le dire simplement : la RSE ne se juxtapose pas à nos activités, elle se vit au quotidien. Elle est intégrée, et même “respirée”, dans les processus de l’entreprise.

Laurence Vercucq : nous ne disons pas que c’est simple. En revanche, nous avons créé les conditions pour intégrer la RSE dans l’organisation. L’approche par les processus y contribue fortement : lorsqu’une entreprise dispose d’une cartographie claire et d’un fonctionnement structuré, l’intégration de la RSE devient plus naturelle.

Cette logique s’est renforcée avec une structuration imposée par les normes ISO 9001, 14001 et 45001, ce qui a permis d’ancrer durablement la RSE dans nos modes de fonctionnement.

Corinne Montoya : cette structuration donne aussi une certaine légitimité. Nous avons pu sensibiliser, former, coordonner les actions de telle façon que chaque direction de l’entreprise a un rôle à jouer.

Keolis Bordeaux : la RSE comme colonne vertébrale

Embarquer sans “théorie” : partir de ce que les équipes font déjà

Comment faire pour embarquer largement, sans rajouter une couche de discours ?

Corinne Montoya : nous avons fait un choix clair : plutôt que de commencer par une liste d’engagements ou une politique RSE, nous avons interrogé les pratiques opérationnelles pour donner du sens à un engagement stratégique.

L’objectif est de donner du sens en démontrant l’engagement de tous au quotidien : « vous y contribuez déjà !». Avec le temps, ce lien s’installe plus naturellement, y compris dans des échanges opérationnels réunissant responsables et agents.

Le contrat avec Bordeaux Métropole a-t-il accéléré votre dynamique RSE ?

Laurence Vercucq : le niveau d’exigence en matière RSE de ce contrat de délégation de service public est élevé, cadré par une annexe de plus de 60 pages. A notre connaissance, c’était une nouveauté dans un contrat de délégation de service public, tel qu’appliquée dans les réseaux Keolis.

Keolis Bordeaux : la RSE comme colonne vertébrale

Remettre l’impact dans l’équation

Vous insistez sur l’extra-financier. Pourquoi ?

Laurence Vercucq : parce que l’aspect financier du mot extra-financier reste structurant en RSE.


Nous élaborons ainsi depuis 3ans un budget vert, qui permet de flécher les dépenses ayant un impact positif ou négatif sur la réduction des GES, ce qui permet d’évaluer l’impact des dépenses sur la trajectoire de neutralité carbone à horizon 2050. L’objectif n’est pas de bouleverser l’entreprise, mais de sortir d’une lecture exclusivement financière des décisions et de prendre le temps d’expliciter les risques.

Cette approche s’est installée dans la durée, notamment parce que nous avons fait le choix de produire des déclarations de performance extra-financières, alors même que nous n’y étions pas tenus réglementairement.

Et je le dis clairement : la RSE n’est pas un “monde sans création de valeur”. Elle repose sur un équilibre entre trois piliers : environnemental, social et économique.

Keolis Bordeaux : la RSE comme colonne vertébrale

Le label comme grille de lecture pour structurer la progression

Quels outils vous ont aidées à structurer votre maturité RSE ?

Laurence Vercucq : le label AFNOR “Engagé RSE” a joué un rôle structurant. Nous avions atteint le niveau 3, et nous ambitionnions le niveau 4 (exemplarité). Bordeaux Métropole a rendu le niveau 3 obligatoire dans le cahier des charges. Nous l’avons vécu comme une exigence cohérente et source d’amélioration continue.

Corinne Montoya : ce label “met du ciment” : il nous sert de cadre pour structurer l’ensemble de nos démarches. Nous travaillons dans une logique de culture projet : le label est un projet, les certifications, en sont également : des pilotes d’actions sont identifiés, des contributions clairement établies, des échéances planifiées. Cela suppose, bien sûr, une réelle disponibilité des équipes impliquées.

Sans soutien, la RSE s’épuise. J’ai l’impression que vous agissez un peu comme des cheffes d’orchestre. D’un bel orchestre ! Comment l’avez-vous rendue tenable ?

Corinne Montoya : l’image nous parle : nous sommes comme des cheffes d’orchestre. Nous avons besoin de musiciens pour jouer la partition que nous accompagnons.

Cette organisation, nous la vivons positivement, parce qu’elle s’appuie sur une gouvernance solide. Le CODIR est impliqué avec la construction de cette Direction RSE, ce qui facilite « l’infusion » de la RSE à tous les niveaux.

J’interviens également au sein de ce CODIR lors de revues RSE. Le pilotage de la stratégie RSE est assuré par un comité interne et des groupes de travail.

Et puis, il y a l’impulsion du directeur général, Pierrick Poirier. Cela change tout. Sans un leadership porté au plus haut niveau de l’entreprise, la RSE ne se « diffuse » pas.

Laurence Vercucq : aujourd’hui, nous échangeons régulièrement avec nos homologues au sein du réseau Keolis.

Le réseau de Bordeaux, est identifié comme réseau pilote sur différentes thématiques. Cette reconnaissance crée une dynamique d’entraînement.au sein des filiales françaises.

La transformation de l’entreprise en société à mission a également entrainé des effets positifs en interne. Des candidats qui postulent à des offres d’emploi,  expliquent avoir été guidés et influencés par notre démarche et nos engagements RSE.

Corinne Montoya : nous souhaitons aussi être reconnus comme une entreprise ancrée sur son territoire. L’entreprise compte 3 010 salariés et nous entendons de plus en plus parler de l’entreprise Keolis alors que ces dernières années nous étions identifiés au travers le réseau TBM.

Le lien avec les usagers est-il aussi un terrain RSE ?

Laurence Vercucq : la visibilité du réseau est forte que ce soit par le biais des usagers comme des non-usagers du réseau.  Nous attachons par ailleurs une attention particulière aux réclamations qui nous parviennent car souvent attachées à des sujets très concrets allant au-delà des seules pannes ou des travaux ; ils font néanmoins partie de la réalité quotidienne d’un réseau de transport.

Corinne Montoya : le lien usagers se fait surtout via la DMCI (direction marketing commerciale et intermodalité), qui joue également un rôle d’interface avec notre direction. Nous avons aussi des remontées via notre autorité organisatrice de mobilité Bordeaux Métropole,

Keolis Bordeaux : la RSE comme colonne vertébrale

Conseils, clichés, ressort personnel : ce qui fait tenir la démarche

Si vous aviez des “trucs et astuces” à partager à d’autres responsables RSE, ce serait quoi ?

Corinne Montoya : le maître mot, c’est l’amélioration continue. Pour une entreprise comme la nôtre, habituée aux certifications et aux systèmes de management, cela prend tout son sens.
Je le vois comme un outil : la RSE est un levier pour progresser en continu sur l’ensemble des dimensions du développement durable. Et, dans le contexte sociétal actuel, nous en avons clairement besoin.

L’essentiel réside dans le portage de la démarche : si les personnes en charge du déploiement de la stratégie et du pilotage de la démarche ne sont pas convaincues, si elles ne “vivent” pas la RSE, la démarche perd tout son sens.

Laurence Vercucq : pour les PME, j’entends que l’exercice peut sembler difficile : beaucoup perçoivent d’abord la RSE comme une contrainte financière. Lorsque j’ai l’occasion d’échanger avec elles, je dis toujours la même chose : inutile de viser l’aboutissement complet, Il faut avancer par étapes.

Dans les contrats, les clauses RSE peuvent aussi jouer un rôle d’entraînement. Nous en intégrons, sans exiger nécessairement un niveau de label, mais suffisamment pour encourager l’évolution des pratiques.

Corinne Montoya : toutes les entreprises déploient des actions relevant de la RSE ne serait-ce que sur le volet social. L’enjeu consiste à les identifier, à les structurer et à leur donner du sens. Travailler sur l’impact environnemental, en revanche, peut s’avérer plus coûteux et plus complexe, en particulier pour les petites structures.

J’observe aussi que certaines PME agissent déjà, parfois sans appeler cela “RSE”, notamment à travers des dispositifs soutenus localement. Quoi qu’il en soit, la trajectoire est désormais incontournable : une entreprise qui n’engage pas cette réflexion passe à côté de ses impacts sociétaux.

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Enthousiasme, méthode, gouvernance : les clés de la boule de neige

Le petit mot de la fin, de l’intervieweur : ce qui marque d’abord, c’est leur énergie : un ton positif, sans nier la difficulté (“ce n’est pas facile”), mais avec une vraie envie de faire.
Ensuite, leur méthode : si la RSE tient dans le temps, c’est parce qu’elle est solidement arrimée à une organisation : des process, des systèmes de management, une culture projet. Il ne s’agit pas d’une “campagne”, mais bien d’un mode de fonctionnement.
Troisième point clé : la gouvernance. CODIR impliqué, revues régulières, comité interne, impulsion de la direction générale. Lorsque ce portage existe, la RSE cesse d’être un sujet isolé.
Enfin, le message adressé aux autres structures est clair : avancer par étapes, raisonner en termes de risques et d’opportunités, et surtout incarner la démarche. C’est à cette condition que la dynamique s’installe… et qu’elle devient, progressivement, une véritable boule de neige.

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