Coopérative, scientifique, engagée : structurer l’évidence pour Nobatek

Entretien avec Magali Houllier, Responsable de la communication et de la RSE de Nobatek. Ensemble nous échangeons sur la formalisation de la la RSE d’une entreprise née pour la transition !
Propos recueillis par Éloi Choplin

Explorer la RSE à travers celles et ceux qui la vivent

Face à l’urgence écologique et sociale, les entreprises ne peuvent plus se contenter d’intentions ni de prendre les consommateurs pour des invertébrés. Cette série d’entretiens donne la parole à celles et ceux qui font vivre la responsabilité au quotidien.

➡️​Derrière la RSE, paroles d’engagements

Chez Nobatek, la transition environnementale est le point de départ. Pourtant, la structuration RSE est arrivée plus tard, presque par effet miroir avec l’extérieur. Dans cet échange, Magali Houllier raconte comment une entreprise née pour la transition a appris à mettre en forme, à structurer et à raconter ce qu’elle faisait déjà naturellement.

« La transition énergétique était là dès 2004 »

Eloi Choplin : Pouvez-vous nous présenter Nobatek ?

Magali Houllier : Nobatek est une société coopérative d’intérêt collectif d’environ 80 personnes. Nous travaillons sur la transition environnementale, écologique et énergétique du bâtiment.

Nous avons trois grands métiers.

  • Le développement de produits innovants et leur mise sur le marché : des produits durables, résilients, conçus pour accompagner les évolutions du secteur.
  • L’assistance à maîtrise d’ouvrage et l’ingénierie sur des projets à fort engagement environnemental.
  • Et le conseil stratégique : structuration de filières, accompagnement d’organisations, réflexion sur les modèles économiques et techniques.

Nous intervenons sur toute la France, et aussi en Europe à travers des projets européens. Notre siège est à Anglet, avec un site à Bordeaux.

Nobatek a été créée en 2004 autour de la transition énergétique. À l’époque, nous ne parlions pas encore de transition au sens où nous l’entendons aujourd’hui. C’était assez pionnier. Le modèle s’inspirait d’un centre de recherche technologique espagnol. Très orienté recherche au départ. La dimension service s’est développée progressivement. Mais l’orientation était claire dès le début.

Un parcours cohérent, sans rupture artificielle

Eloi Choplin : Et vous, comment arrivez-vous là ?

Magali Houllier : J’ai commencé par un master en écologie des écosystèmes, puis j’ai poursuivi en médiation scientifique.

Par crainte de ne pas trouver d’emploi dans ce domaine, j’ai travaillé plusieurs années dans l’environnement d’Airbus, d’abord chez des sous-traitants, puis directement en mission. J’étais ingénieure process et méthodes, ce qui était éloigné de ma formation initiale. Mais la dimension communication et médiation est revenue naturellement.

Je suis originaire du Pays basque. J’avais envie d’y revenir depuis longtemps. Une opportunité s’est présentée chez Nobatek il y a dix ans. J’y suis entrée sur un poste de communication. C’était aligné. Professionnellement et personnellement.

La RSE est venue s’ajouter à mes missions il y a trois ou quatre ans. Mais en réalité, elle était déjà là. Nous avons simplement mis un cadre sur quelque chose qui existait depuis toujours.

« Nous faisions beaucoup de choses sans les raconter »

Eloi Choplin : Qu’est-ce qui a déclenché la structuration RSE ?

Magali Houllier : Très concrètement, un appel d’offres. Une question sur la RSE. Nous avons répondu sans difficulté. Puis je me suis dit : nous faisons énormément de choses que nous ne racontons jamais. Parce que pour nous, c’est naturel. C’est notre manière de fonctionner.

Nous avions déjà un rapport interne recensant nos initiatives environnementales. Nous étions très centrés sur le pilier Terre. La dimension sociale et la gouvernance existaient aussi, mais elles n’étaient pas structurées dans un cadre RSE formalisé.

Le contexte évoluait. Les partenaires, les clients, les appels d’offres utilisaient ce vocabulaire. Nous avons compris qu’il fallait structurer, et aussi parler le même langage.

La mobilisation interne a été très fluide. Les équipes étaient même contentes que nous mettions en valeur ce qui était déjà fait.

Structurer sans changer la nature

Nous avons commencé par élargir le rapport existant. Il est devenu un document plus transversal, couvrant les trois piliers. Nous l’avons appelé “Engagé”. Nous ne l’appelions toujours pas RSE.

Deux fois par an, nous réunissons l’ensemble des salariés pour travailler sur des sujets structurants. Nous avons intégré ces réflexions dans ces temps collectifs. Nous avons réalisé une fresque du climat. Nous avons discuté de nos pratiques, identifié ce qui pouvait être renforcé.

Ensuite, nous nous sommes fait accompagner pour travailler notre raison d’être, notre mission et notre ambition. Le cabinet avec lequel nous avons travaillé avait une approche régénérative. Cela a nourri la réflexion.

En interne, le terme “régénératif” a suscité des débats. Nos équipes scientifiques et techniques rappellent qu’affirmer que nous rendons plus à la planète que ce que nous lui prenons serait scientifiquement inexact. Nous parlons donc de “visée régénérative”. La nuance est importante.

Nous avons ensuite défini collectivement des priorités et un plan d’action. Puis rejoint la Convention des Entreprises pour le Climat afin d’approfondir cette trajectoire. La RSE est ainsi entrée pleinement dans la stratégie.

Le bâtiment : entre contrainte réglementaire et volonté d’évolution

Eloi Choplin : Comment le secteur de la construction évolue-t-il ?

Magali Houllier : Le bâtiment est fortement consommateur de ressources, d’énergie et de matériaux. Il est soumis à des contraintes réglementaires importantes.

La réglementation est un moteur puissant. Mais elle n’est pas la seule. Certaines entreprises évoluent parce qu’elles font face à des tensions sur les ressources, sur les prix de l’énergie, sur la disponibilité des matériaux. D’autres agissent par anticipation stratégique.

Nous accompagnons celles qui souhaitent transformer leur modèle. Cela peut concerner le développement d’un produit, une méthode constructive, la structuration d’une filière, la rénovation, la construction.

Fournisseurs : une culture déjà là, une formalisation à venir

Eloi Choplin : Et sur votre propre chaîne de valeur ?

Magali Houllier : Avec nos clients, nous sommes dans une logique d’accompagnement permanent.

Concernant nos fournisseurs, nous restons une société de services. Nos volumes d’achats sont limités comparativement à une entreprise de travaux. Nous privilégions depuis longtemps des entreprises de réemploi, de réinsertion, des artisans locaux, du bois local, des traiteurs en régie locale, des entreprises adaptées. Nous travaillons avec certains partenaires depuis quinze ans.

En revanche, nous n’avons pas encore formalisé des critères écrits intégrés dans un processus structuré. La pratique est culturelle, partagée, mais elle mérite d’être consolidée. C’est un axe d’amélioration identifié.

Attractivité : une cohérence naturelle

Eloi Choplin : La RSE joue-t-elle un rôle dans l’attractivité ?

Magali Houllier : Notre activité est en elle-même orientée vers la transition. Les personnes qui rejoignent Nobatek savent ce qu’elles viennent chercher.

Il n’y a pas d’acculturation à conduire. Les profils arrivent déjà sensibilisés, engagés, porteurs d’idées. Cela facilite l’intégration. Et cela nourrit la créativité collective.

Solidité scientifique et force du collectif

Eloi Choplin : Et vous, comment gardez-vous l’énergie ?

Magali Houllier : Notre solidité vient de notre socle scientifique et technique. Nous nous appuyons sur des publications, des données, des réalités physiques. Il s’agit de faits, pas d’opinions. Cette base nous permet de garder le cap.

Les clients que nous accompagnons ont déjà un questionnement. Certains viennent pour des raisons réglementaires. Beaucoup évoluent progressivement. Nous observons un effet d’entraînement.

Par ailleurs le collectif joue un rôle déterminant. Lorsque l’énergie baisse pour certains, elle est portée par d’autres. Nous nous soutenons. Nous sommes nés pour cela. La raison d’être était là avant d’être formulée.

Coopérative : faire ensemble

Magali Houllier : Nobatek était initialement une association. En 2016, le passage en coopérative a été choisi collectivement. La gouvernance repose sur plusieurs collèges représentant salariés, clients et partenaires. Une personne égale une voix. Les décisions sont débattues en assemblée générale.

Les projets de recherche sont collaboratifs, menés avec des universités, des partenaires européens, des acteurs de toute la chaîne. Cette culture du faire ensemble structure notre fonctionnement.

Quand l’ADN précède la stratégie

Le regard de l’intervieweur : « Pour moi, ce qui ressort de cet échange, c’est une cohérence profonde. La RSE a mis des mots sur une identité existante. Comme pour beaucoup, la structuration est venue peu à peu du contexte : appels d’offres, évolution du marché, besoin de parler un langage commun…. Mais la base était là depuis 2004.

Autre point marquant : la solidité scientifique. Ici, les enjeux s’appuient sur des données, des publications, des réalités physiques. Et c’est ce qui les tient en éveil, en énergie et en enthousiasme ! Je trouve qu’il y a une certaine robustesse chez Nobatek avec notamment la force du collectif : la gouvernance coopérative, les projets collaboratifs, la culture du faire ensemble… Et finalement, peut être que quand l’identité précède la stratégie, la cohérence devient naturelle. Et l’effet d’entraînement suit de manière très simple ! »

Voir toutes les références
Vous avez une idée ? Un projet ?
Contactez-nous