De la plume à la pomme : la RSE, cette évidence naturelle !

Janvier 2026

Entretien avec Marion Derycke, dirigeante de l’agence OSE Communication et cofondatrice de la Cidrerie HIC
Propos recueillis par Éloi Choplin

Explorer la RSE à travers celles et ceux qui la vivent

Face à l’urgence écologique et sociale, les entreprises ne peuvent plus se contenter d’intentions ni de prendre les consommateurs pour des pommes. Cette série d’entretiens donne la parole à celles et ceux qui font vivre la responsabilité au quotidien.

C’est pour cela que nous avons décidé de lancer une série d’échanges réguliers avec des responsables RSE engagés — qu’ils soient dirigeants, managers, communicants ou membres de comités exécutifs.

➡️​Derrière la RSE, paroles d’engagements

À travers ces entretiens, nous explorons la façon dont l’engagement se construit : souvent sans plan, à force d’intuition, de tensions, d’essais et d’erreurs. Il ne s’agit pas de dresser des modèles, mais de comprendre comment la RSE s’enracine peu à peu dans les cultures d’entreprise, jusqu’à devenir un langage commun.

De la plume à la pomme : la RSE, cette évidence naturelle !


Chaque échange révèle une manière d’agir, une cohérence, une trajectoire singulière.


Ce nouvel épisode est une belle rencontre avec Marion Derycke, qui entre son agence OSE Communication et la Cidrerie HIC, défend une même ligne : faire simple, local, utile.

Comme une façon de travailler.
Loin des discours convenus et des obligations légales.

De la communication à la production de cidre

Éloi Choplin : Quel est le fil conducteur de ton parcours ?

Marion Derycke : J’ai toujours eu une fibre “impact territorial”. J’ai une formation en stratégie de communication puis presque quinze ans d’expériences dans le secteur, entre institutions publiques, parapubliques et agence. En 2019, j’ai créé OSE Communication avec une idée claire : sortir de la “communication paillette” qui ne sert qu’à vendre. Je voulais bosser avec des structures qui portent des valeurs fortes… parfois, (souvent), sans mettre le mot “RSE” dessus.

Aujourd’hui, environ 90 % de mes clients sont engagés. On travaille beaucoup avec le handicap (près de la moitié des clients), mais aussi sur l’inclusion, l’insertion, le bien-manger, le bien-être, et la santé environnementale.

La Cidrerie HIC, c’est la suite logique. Avec mon conjoint, on avait envie de revenir au manuel et au concret. Et on s’est aussi rendu compte d’un truc très simple : à Bordeaux, il n’y avait pas vraiment de cidre local dans les bars. On a créé la cidrerie pour remettre le cidre sur les tables, en version locale, bio, et joyeuse.

De la plume à la pomme : la RSE, cette évidence naturelle !

La RSE naturelle

Tu parles souvent de “RSE naturelle”. Qu’est-ce que ça veut dire pour toi ?

Marion Derycke : C’est quand tu fais les choses parce que c’est normal. Pas pour cocher une case. Beaucoup de boîtes font déjà de la RSE sans le savoir, ou sans le formuler.

À la cidrerie, on est dans l’ESS, et on cherche un équilibre vertueux : impact social, environnemental, territorial… et développement économique. Le bio, par exemple, c’était évident dès le départ. La pomme est un fruit très traité, donc nous, on a toujours travaillé en pommes bio. Avant même d’avoir la certification, on le faisait déjà.

Et côté agence, j’ai des “non-négociables”. Si tu bosses sur de l’événementiel avec moi par exemple : food et boissons locales et bio. Pas de produits qui viennent de l’autre bout du monde “juste pour faire joli”.

Du brief au pressoir

Tu peux donner un exemple concret de ces “non-négociables” en communication ?

Marion Derycke : Oui. Sur un événement (les 40 ans d’une entreprise, 300 personnes), on ne voulait pas faire un “cadeau invité” qui finit au fond d’un tiroir. On a choisi trois associations. On a donné un boulon à chaque personne à l’arrivée. Et chacun mettait son boulon dans l’urne de l’association qu’il voulait soutenir. Le “cadeau”, c’était un don.

C’est ça ma logique : faire du sens avec des choses simples. Et souvent, ça marche très bien. Parce que les gens s’en souviennent.

Zéro gaspillage : chaque flux compte

À la cidrerie, vous dites avoir jeté 0 kg de pommes. Comment vous faites, concrètement ?

Marion Derycke : On déteste le gâchis. Et c’est aussi une logique économique.

Déjà, il y a les “fonds de cuve” : ce qu’on devait jeter (50 à 100 litres par cuve) pour éviter les dépôts dans les bouteilles. Maintenant, on les transforme en vinaigre de cidre.

Ensuite, notre gros sujet, c’est le marc de pomme qui représente plus de 50 tonnes par an de déchets environ. On a mis deux ans à développer un procédé pour le transformer en farine alimentaire. Et ce qui ne part pas en farine est donné aux vaches d’agriculteurs du coin.

On va plus loin sur d’autres flux : bouteilles consignées, glassine récupérée (le support des étiquettes) réemployée en isolant, bouchons collectés via une association de lutte contre le cancer. Chaque “déchet” devient une question. Et si possible, une solution locale.

Une réponse de territoire

Vous avez aussi lancé une activité en marque blanche. Pourquoi ?

Marion Derycke : Parce qu’il y avait un vrai trou dans la raquette. Les arboriculteurs du territoire n’avaient pas de solution pour leurs écarts de tri, leurs surplus, ou leurs fruits en fin de saison. Souvent, ça finissait jeté.

On a donc lancé une seconde activité pour produire, en marque blanche, des jus (plats, pétillants) et des boissons pour viticulteurs et arboriculteurs. Sur une période récente (de septembre à janvier), on a traité près de 80 tonnes de fruits. Et on a sorti des volumes importants de jus sur la saison. C’est une solution anti-gaspi, et une façon pour eux de diversifier leurs revenus, y compris sur le sans-alcool.

Tu sembles très pragmatique sur les labels. Comment tu te situes là-dessus ?

Marion Derycke : Je suis très honnête : j’ai une vraie phobie administrative. Donc je ne cours pas après tous les labels. En revanche, la certification bio, ça reste gérable : des contrôles, des process, de l’hygiène. Et surtout, on fait déjà les choses.

Je préfère une RSE vécue qu’une RSE affichée.

Inclusion : l’envie, puis le réel

L’inclusion et le handicap font partie de tes piliers. Mais tu dis aussi que ce n’est pas simple.

Marion Derycke : Oui. C’est un pilier important pour moi, parce que je travaille beaucoup sur le handicap via Ose Communication, et on a aussi une histoire familiale qui rend le sujet très concret.

On a tenté des partenariats avec des ESAT et des entreprises adaptées. On a essayé plusieurs formats. Mais entre les contraintes horaires, la réalité économique, les besoins de prod, on n’a pas trouvé l’équilibre. Donc aujourd’hui, ce pilier est en pause côté cidrerie.

Je préfère dire la vérité : on expérimente, on se plante, on apprend.
Et on y reviendra quand ce sera possible.

Moins de discours, plus d’actes

Deux entreprises, deux enfants… comment tu tiens le rythme ?

Marion Derycke : Déjà, les nuits sont courtes et les journées très speed. Et je fais attention à mon hygiène mentale. Je n’écoute pas les infos en continu. Je fuis le scroll. Sinon, tu te fais aspirer.

Ce qui me tient, c’est l’humain et les projets. J’ai besoin d’équipe, de rencontres, d’élan collectif. Et j’ai un rituel simple : le vélo. C’est mon sas. Mon moment.

Tu es plutôt optimiste sur la suite, malgré le contexte ?

Marion Derycke : Je suis positive, oui. On est résilients. Et je crois qu’il faut se nourrir de ce qui marche : une rencontre, un déj, un projet qui avance… Ce sont des petites “nourricettes” qui te relancent.

Par contre, je crois aussi à la valeur travail. Rien n’est facile. Pour réussir, il faut bosser. Même ceux qui “réussissent vite” bossent énormément. Mais bosser ne veut pas dire être triste. On peut être exigeant et rester joyeux.

Le petit mot de la fin, de l’intervieweur : « C’est une belle rencontre. Il y a celles et ceux qui théorisent le changement, et celles et ceux qui le pressent, qui agissent et se mettent en ordre de marche pour un monde différent et joyeux. Marion Derycke appartient à la seconde catégorie. À 35 ans, elle pilote deux structures nées d’une même volonté : refuser la « communication paillette » pour construire des projets qui nourrissent. L’énergie et le sourire sont ce que je retiens le plus mais également cette perception du réel tout en franchise, c’est assez rare pour être souligné. »

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