Chez Châteauform : structurer la RSE sans la figer !

Entretien avec Claire Schwartz, responsable Impact & Mission du Groupe Châteauform. Ensemble, nous échangeons sur la façon dont la RSE prend corps dans une entreprise de plus de 2000 personnes, à travers les équipes, les maisons, la gouvernance, la formation et une culture d’entreprise déjà profondément humaine.
Propos recueillis par Éloi Choplin

Donner la parole à celles et ceux qui font la RSE

Face à l’urgence écologique et sociale, la RSE est l’affaire de toutes et de tous. Cette série d’entretiens s’intéresse à celles et ceux qui portent ces sujets dans les organisations, avec leurs contraintes, leurs convictions, leurs méthodes et leur énergie.

➡️​Derrière la RSE, paroles d’engagements

Structurer la RSE sans la figer : la méthode Châteauform

Chez Châteauform, la RSE se construit dans les lieux, avec les équipes, dans la durée. Claire Schwartz, responsable Impact & Mission, revient sur son parcours, la structuration du sujet dans le groupe, la place du terrain, le rôle de la gouvernance, la formation, l’autonomie laissée aux maisons et cette énergie qu’elle défend depuis plusieurs années : un éco-enthousiasme fait de confiance, de cap et d’envie d’agir.

Un parcours construit dans la durée

Eloi Choplin : Pour commencer, pouvez-vous revenir sur votre parcours ?

Claire Schwartz : j’ai très tôt orienté mon parcours vers ces sujets. Dès l’école de commerce, un stage aux États-Unis chez Stonyfield Farm a compté. J’y ai découvert une manière de faire de l’entreprise avec plus de conscience, plus d’attention aux impacts, plus de cohérence entre l’activité économique et ce qu’elle produit. Cette expérience s’est poursuivie chez Danone, plus précisément la marque Les 2 Vaches largement inspirée de Stonyfield Farm.

Ces 2 expérience ont orienté la suite. J’ai choisi de me spécialiser en management durable et RSE et j’ai intégré le Groupe  Elior où je suis restée quelques années comme responsable produits et RSE pour Arpège notamment. Et il y a sept ans, j’ai rejoint Châteauform pour mettre en place la démarche RSE du groupe, structurer la politique, travailler les certifications, puis accompagner les évolutions autour de la société à mission. Aujourd’hui, je suis aussi intervenante pour des étudiants de la Regen School.

Structurer un sujet déjà vivant

Quand vous arrivez chez Châteauform, à quoi ressemble le sujet RSE ?

Claire Schwartz : le sujet existe déjà, mais il reste peu structuré à l’échelle du groupe. Il y a des personnes sensibles à ces enjeux, des pratiques, des intuitions, des habitudes. Mon arrivée correspond à la création d’un poste dédié. L’objectif consiste alors à poser un cadre, à construire une politique claire, à organiser la démarche dans le temps et à lui donner de la lisibilité.

J’ai donc été en charge de structurer cette politique RSE, d’obtenir les certifications, puis de travailler sur d’autres sujets qui ont ensuite mené à la société à mission. La démarche a commencé par un travail d’organisation, de formalisation et d’accompagnement, avant de prendre une place plus large dans l’entreprise.

Partir des forces déjà présentes

Par quoi avez-vous commencé ?

Claire Schwartz : j’ai choisi de penser plus large que le seul périmètre initial. Le point de départ concernait surtout la France. De mon côté, j’ai voulu structurer pour l’ensemble du groupe, tout en lançant d’abord la dynamique là où l’envie était déjà la plus forte.

En France, j’ai commencé par les plus engagés. Celles et ceux qui avaient déjà de l’élan, des idées, une appétence pour ces sujets, ont ouvert la voie. Ce choix a permis de créer une dynamique positive. Des initiatives ont émergé, des exemples concrets sont apparus, une forme de fierté s’est installée. Ensuite, les autres équipes ont rejoint le mouvement. Aujourd’hui, la dynamique appartient pleinement à l’entreprise.

Pourquoi ce choix vous paraît-il important ?

Claire Schwartz : parce qu’une transformation avance mieux quand elle s’appuie sur des forces réelles. Les équipes motrices donnent de l’élan. Elles montrent ce qui est possible. Elles rendent les choses concrètes. Elles produisent de la preuve. Elles embarquent les autres plus sûrement qu’un déploiement uniforme, pensé uniquement d’en haut.

Reconnecter la démarche à l’ADN de l’entreprise

Qu’est-ce qui a rendu cet ancrage possible chez Châteauform ?

Claire Schwartz : la culture de l’entreprise, c’est un point central. Châteauform repose sur un management humaniste, sur des valeurs fortes, sur une attention ancienne aux dimensions humaines et sociales. Le terrain était déjà fertile. La RSE n’est donc pas venue se poser de l’extérieur. Elle est venue structurer, relier, prolonger et rendre plus lisible quelque chose qui existait déjà.

Avec le temps, cela a permis de reconnecter la démarche à l’ADN profond de l’entreprise. Aujourd’hui, ce sujet fait pleinement partie de Châteauform. Il s’inscrit dans une histoire, dans une manière de travailler, dans une manière d’embarquer les équipes et de faire vivre le collectif.

Une RSE qui se joue dans les maisons

Châteauform a une organisation très incarnée, avec des lieux, des équipes, de la cuisine, de la logistique. En quoi cela change-t-il la manière de faire ?

Claire Schwartz : cela change beaucoup de choses. Dans les maisons, il y a des équipes au complet. Il y a notamment les équipes de cuisine. Et surtout, ce sont des salariés en propre. Cette organisation crée de la continuité, de l’ancrage et de la responsabilité locale.

La démarche RSE se déploie donc dans des lieux très concrets, avec des équipes qui connaissent leur environnement, leur quotidien, leurs contraintes, leurs marges de manœuvre et leurs possibilités d’action. Cela donne une autre densité au sujet. On est dans une logique de mise en œuvre locale, au plus près de la réalité.

Une gouvernance claire et un portage régulier

Comment anime-t-on une telle démarche à l’échelle d’un groupe de plus de 2 100 personnes ?

Claire Schwartz : avec de la gouvernance, du rythme, du travail transverse et beaucoup de relais. Nous sommes deux dans l’équipe dédiée. Notre rôle consiste à accompagner l’ensemble des équipes, à soutenir, à outiller, à faire avancer.

La direction porte aussi la démarche. Il y a un comex mission. Le sujet revient plusieurs fois par an. J’ai des échanges très réguliers avec le directeur général. Et nous allons grâce à la CEC multiplier les occasions de parler de la mission et de ces sujets avec lui. Cette gouvernance donne du cadre, de la continuité, de la légitimité et une vraie capacité à inscrire le sujet dans la durée.

Former, intégrer, faire circuler

La formation semble occuper une place importante dans votre manière de faire.

Claire Schwartz : oui, nous avons beaucoup formé. Les équipes ambassadrices ont été formées. Les leaders aussi. Cela a constitué un vrai socle. Aujourd’hui, cela permet au sujet de circuler plus largement dans l’entreprise.

L’intégration joue aussi un rôle fort. L’on-boarding inclut la mission et la RSE dès les 6 premiers mois. Le sujet est présent très tôt. Il apparaît même dès l’entretien de recrutement en réalité. Cela change la manière dont les personnes comprennent le cadre collectif dans lequel elles arrivent et la place qu’elles peuvent y prendre.

Valoriser pour donner envie d’agir

Vous avez aussi mis en place des outils pour rendre visibles les actions.

Claire Schwartz : nous avons un réseau social interne qui permet de partager les initiatives liées à la mission. Nous utilisons le hashtag “la mission en action” pour montrer ce qui se passe dans les différents lieux.

Nous avons aussi installé un rite de valorisation des meilleures initiatives environnementales et sociales, surtout celles qui peuvent être reprises ailleurs. Cette logique compte beaucoup. Elle permet de faire remonter les bonnes pratiques, de reconnaître ce qui existe déjà, de donner des idées, de créer de la fierté et de faciliter l’essaimage.

La reconnaissance fait avancer. Quand les équipes voient que leurs actions comptent, qu’elles inspirent d’autres maisons, qu’elles deviennent utiles au collectif, l’envie d’agir se renforce.

Donner un cap, puis faire confiance

Votre méthode donne une vraie place aux équipes locales. Comment la résumeriez-vous ?

Claire Schwartz : nous définissons les impacts recherchés. Ensuite, nous laissons aux équipes une vraie liberté dans la manière d’y contribuer. Cette liberté compte beaucoup. Elle permet une appropriation locale. Elle respecte les contextes de chaque maison et les différentes manières d’agir.

Chez Châteauform, cette logique s’appuie aussi sur la roue de l’impact, qui sert de repère commun aux équipes. Elle permet de relier les initiatives locales aux effets recherchés par l’entreprise, tout en laissant à chaque maison la liberté de construire sa propre réponse.

Cette autonomie s’inscrit dans un cadre clair. Certains sujets relèvent d’exigences communes voire réglementaires. C’est le cas, par exemple, de décisions comme la sortie du jetable ou des bouteilles en plastique. À partir de là, les équipes ont l’espace pour inventer, adapter, proposer et faire vivre des actions pertinentes dans leur réalité.

Cette confiance donnée au terrain change beaucoup de choses. Elle active la créativité. Elle rend la démarche plus vivante. Elle permet aussi à chacun de contribuer avec ses forces, ses talents, ses appétences et sa manière propre d’entrer dans le sujet.

Penser impacts avant KPIs

Quelle place accordez-vous au pilotage ?

Claire Schwartz : nous avons mis en place un outil pour suivre les plans d’action. Chaque maison dispose de son espace, avec une base de travail et une remontée progressive d’indicateurs. Cela permet de structurer la démarche et d’avancer de manière plus lisible.

En même temps, je tiens beaucoup à l’idée de direction donnée. Les indicateurs aident. Les outils soutiennent. Mais l’essentiel reste le cap donné au mouvement, la manière d’entraîner, la manière dont les équipes s’emparent du sujet, et la façon dont cela prend forme dans les pratiques.

Je crois beaucoup à cette logique : penser d’abord les impacts recherchés, puis regarder comment les outils de pilotage viennent servir ce mouvement. Les KPIs ont leur utilité. Ils ne remplacent ni le bon sens, ni la vision globale, ni l’élan collectif.

L’éco-enthousiasme comme énergie de transformation

Vous parlez aussi d’éco-enthousiasme. Que mettez-vous derrière ce terme ?

Claire Schwartz : c’est une manière d’avancer qui donne envie, qui met en mouvement, qui garde du bon sens. Je crois beaucoup à l’importance du cap plus qu’à la fascination pour le chiffre seul. Une organisation fait bien certaines choses, avance sur d’autres, construit dans le temps. Ce qui compte, c’est la dynamique, l’appropriation et la capacité à faire progresser l’ensemble.

Cette manière de faire fonctionne bien chez nous parce qu’elle est devenue collective. Ce n’est plus seulement une façon de porter le sujet individuellement. C’est devenu une manière de faire partagée.

Et derrière cet éco-enthousiasme, il y a aussi une manière de tenir dans le temps : s’appuyer sur les forces, créer des émotions positives, nourrir l’envie plutôt que la lassitude, transformer sans épuiser, embarquer sans forcer.

Créer du lien plutôt que des silos

On sent dans votre manière de faire une place importante accordée au collectif.

Claire Schwartz : clairement, le collectif compte beaucoup. Une transformation de cette nature avance mieux quand les équipes se parlent, se nourrissent, se transmettent des idées et des pratiques. La circulation joue un rôle central.

C’est pour cela que nous avons autant travaillé la formation, les relais, les dispositifs de partage, la valorisation des initiatives et les espaces de mise en visibilité. Cela permet d’éviter qu’un sujet reste porté par quelques personnes seulement. Il devient plus transversal, plus partagé, plus vivant.

Un regard nuancé sur les jeunes générations

Vous enseignez. Quel regard portez-vous sur les jeunes générations ?

Claire Schwartz : je porte un regard nuancé. Il y a des étudiants engagés. Il y a aussi des profils très différents, des ressorts différents, des priorités différentes. Ce qui m’intéresse surtout, c’est de comprendre ce qui met chacun en mouvement.

J’observe souvent un déclic fort chez de jeunes parents, au moment de la naissance des enfants. Chez les étudiants, les moteurs sont plus variés. Cette diversité me paraît intéressante. Elle rappelle qu’une démarche RSE gagne à toucher plusieurs sujets, parce qu’elle rencontre ainsi plusieurs points d’entrée.

Une reconnaissance perçue à l’extérieur

Est-ce que cet engagement produit aujourd’hui un effet perceptible ?

Claire Schwartz : oui, au moins dans la manière dont il est perçu. Les clients identifient l’engagement comme un bénéfice. Ils le voient. Ils l’intègrent. Ils y sont sensibles.

Il y a aussi des marqueurs de reconnaissance. Le score EcoVadis de 76 en fait partie. Il dit quelque chose du travail réalisé et du niveau atteint. Les équipes commerciales étaient heureuses de ce score et savent comment le valoriser.

Tenir avec les autres, durer avec cohérence

Comment gardez-vous votre énergie sur ces sujets ?

Claire Schwartz : D’abord par l’entourage. Les personnes avec qui l’on travaille comptent beaucoup. L’énergie circule aussi comme cela. Elle se nourrit de celles et ceux qui portent, qui croient encore à l’action, qui donnent de l’élan.

Ensuite par l’alignement. Quand on sait pourquoi on agit, on tient mieux. L’exemplarité compte aussi beaucoup. Elle inspire plus sûrement que le discours seul. Et puis il y a une forme de plaisir à continuer, à garder une ligne, à faire son travail avec cohérence.

Le mot de l’intervieweur

Par Eloi Choplin : dans cet échange avec Claire Schwartz, il y a une chose qui me reste : c’est l’idée qu’une transformation solide peut prendre racine dans ce qui existe déjà. Chez Châteauform, il est question de structuration, bien sûr, mais surtout d’appropriation en fait. Il est question d’équipes, de maisons, de formation, de confiance, de circulation des initiatives et d’une culture d’entreprise déjà profondément humaine.

J’ai aussi été sensible à sa manière de parler du mouvement : donner une direction claire, un cap, partir des forces déjà présentes, laisser aux équipes la liberté d’agir, rendre autonome, penser les impacts avant de sacraliser les indicateurs. Et puis il y a ce mot, l’éco-enthousiasme, qui traverse sa manière de faire. Il ne gomme rien de la gravité et au choc du moment mais il propose une autre énergie pour agir, embarquer et durer.

Pour aller plus loin sur l’éco-enthousiasme

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