Valoriser la RSE : créer de la valeur à partir de ce qui existe déjà

Entretien avec Alain Gross, directeur général et fondateur de l’agence Aggelos. Ensemble, nous échangeons sur la manière dont la valorisation des engagements RSE permet de reconnaître ce qui existe déjà, de le rendre visible, de structurer une démarche et de créer de la valeur pour l’entreprise, ses équipes et son écosystème.
Propos recueillis par Éloi Choplin

Donner la parole à celles et ceux qui font la RSE

Face à l’urgence écologique et sociale, la RSE s’inscrit dans des pratiques, des choix et des arbitrages. Cette série donne la parole à celles et ceux qui portent ces démarches au quotidien, qui les structurent, les mettent en œuvre et les rendent visibles.

➡️​Derrière la RSE, paroles d’engagements

Valoriser ses engagements RSE consiste à mettre en lumière des actions déjà présentes dans l’entreprise, à les inscrire dans une lecture cohérente et à leur donner une vraie portée.

Pour Alain Gross, cette valorisation agit à la fois sur la notoriété, l’attractivité, la culture d’entreprise, la relation client et la capacité de différenciation. Elle révèle une responsabilité à l’œuvre et transforme des engagements en valeur économique, humaine et collective.

La valorisation comme création de valeur

Éloi Choplin : Si je te dis « valoriser ses engagements RSE », qu’est-ce que ça t’évoque ?

Alain Gross : La valorisation des engagements RSE, c’est mettre en lumière des actions menées dans une organisation, dans une entreprise, et plus précisément des actions RSE. L’objectif final, quand on parle de valorisation, c’est de créer de la valeur.

Ces engagements ont de la valeur parce qu’ils ont un impact positif sur l’environnement de l’entreprise, ses parties prenantes, son territoire. Mais ils ont aussi de la valeur pour l’entreprise elle-même : en communication interne, communication externe, notoriété, marketing. Cela vient renforcer son modèle de valeur.

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Une influence réciproque dans toute la chaîne de valeur

É. C. : Tu veux dire que ça peut générer de l’impact et donc un bénéfice économique ?

A. G. : Je suis convaincu que la valorisation des engagements RSE génère, à court et moyen terme, des bénéfices commerciaux. Lorsqu’un client doit arbitrer entre des produits équivalents, il va comparer le prix, la technique, la robustesse. Et, au moment de trancher, la RSE, la certification, l’histoire racontée sur l’impact positif de l’entreprise peuvent faire la différence.

C’est aussi vrai pour le recrutement. Si un salarié doit choisir entre deux entreprises, celle qui a du sens, qui a un impact positif, qui porte des engagements, va créer de la valeur. On recrute alors des personnes qui savent pourquoi elles sont là.

Influence réciproque dans la chaîne de valeur

É. C. : Et c’est pareil avec les clients, notamment les grands groupes soumis à des obligations réglementaires en matière de RSE, qui doivent faire évoluer leurs fournisseurs et leur scope 3 ?

A. G. : Tout à fait. Il y a une réciprocité. Un grand groupe a une influence importante, mais une PME, une ETI peut aussi influencer un donneur d’ordre beaucoup plus grand.

Au début des années 2000, quand nous défendions le papier recyclé et les encres végétales, nous passions pour des extraterrestres. Progressivement, grâce à toute la filière, aux recommandations, aux outils de mesure de l’impact, les comportements ont changé. Vingt ans plus tard, les encres végétales et le papier certifié ou recyclé sont devenus la norme.

Petit ou grand, chacun a un pouvoir d’influence, parce que chacun a une responsabilité.

Pionniers, suiveurs, conservateurs : des rythmes différents

É. C. : Ton exemple montre aussi qu’il faut des pionniers. Certaines entreprises avancent vite, d’autres attendent que le modèle soit éprouvé.

A. G. : C’est un comportement humain. Il y a des pionniers, des suiveurs et des conservateurs. Mais ils sont rattrapés par le changement, notamment par les contraintes environnementales. Si l’on attend d’avoir de l’eau jusqu’aux genoux pour agir, il sera trop tard. Il faut anticiper.

Faire de la RSE un cadre qui accompagne

É. C. : Beaucoup d’entreprises vivent la RSE comme une contrainte : labels exigeants, coûts, ressources à mobiliser. Elles ont pourtant l’impression de déjà faire des choses.

A. G. : Tout peut être perçu comme une contrainte : la comptabilité, la réglementation, le travail. La RSE aussi. Mais c’est une question de posture.

Une certification peut être vue comme une contrainte ou comme une ligne de vie, un accompagnement, une feuille de route. Elle aide plus qu’elle ne contraint, si l’on a envie de faire ce chemin.

Dans chaque organisation, il existe déjà des actions RSE, petites ou grandes. Le rôle de la valorisation est de mettre un coup de projecteur dessus : montrer ce qui est déjà fait, reconnaître les pratiques existantes. À partir de là, on peut construire une stratégie et une politique RSE.

Partir de l’humain pour rendre les impacts concrets

A. G. : Au début de ma carrière, nous mobilisions surtout des arguments environnementaux. Nous avons vite compris que ce n’était pas toujours percutant : une tonne de carbone reste abstraite.

Nous avons donc changé d’approche : travailler d’abord sur le rapport humain, sur le management, et faire le lien entre les choix stratégiques et leurs impacts environnementaux.

Un exemple : lors d’un déménagement en 2005, le premier critère de l’équipe était de pouvoir continuer à venir travailler à vélo. Ce choix, motivé par le confort, avait aussi un impact environnemental. En le valorisant, chacun prenait conscience que ses choix anodins avaient des effets réels.

É. C. : Finalement, tout est une question de choix.

A. G. : Exactement. Et c’est là que la notion de responsabilité est centrale. Être responsable, c’est prendre soin : de son entreprise, de ses collaborateurs, de ses parties prenantes, de son territoire, de l’environnement, du futur.

Piloter une entreprise en mode RSE, c’est piloter en responsabilité. Cela implique de prendre des décisions en conscience, sur la base d’éléments factuels, mesurables, explicables, et d’en assumer les impacts.

Labels et référentiels : des outils pour prioriser

É. C. : Les référentiels et labels servent-ils à nourrir cette conscience des choix et de leurs impacts ?

A. G. : Oui. Ils aident à prioriser. On ne peut pas tout traiter en même temps. Les référentiels permettent d’identifier les sujets clés pour une organisation donnée et de choisir ses axes d’action.

Communication, médiation, valorisation : trois approches complémentaires

É. C. : Pourquoi une agence de communication et de médiation parle-t-elle de valorisation des engagements RSE ?

A. G. : La médiation vise à donner de l’information et de la compréhension pédagogique pour permettre aux gens de se forger une opinion. La communication vise à induire des comportements, sans contrainte ni manipulation.

La valorisation, c’est donner à voir : mettre en scène, révéler, rendre lisible. On peut séduire par des arguments RSE, mais aussi montrer la complexité des impacts d’une organisation à travers des dispositifs de médiation.

Culture d’entreprise et fierté collective

A. G. : La RSE fonctionne lorsqu’elle est appropriée par la direction et les équipes. Comprendre pourquoi on change, comment on change, permet aux collaborateurs de devenir ambassadeurs.

La valorisation crée de la fierté : la fierté d’appartenir à une organisation qui fait des choix en conscience. Et cette fierté crée de la valeur.

Éviter la survente et le syndrome de l’imposteur

É. C. : Comment parler de ses engagements sans tomber dans la posture ?

A. G. : Il faut éviter deux écueils : la survente et le syndrome de l’imposteur. Une démarche RSE structurée et valorisée permet de prendre la parole de manière légitime, en s’appuyant sur des éléments tangibles et des certifications.

Cela permet aussi de dire : « sur ces axes-là, nous ne sommes pas encore bons, mais nous y travaillons », ou « ce n’est pas notre sujet prioritaire ». C’est une manière de sécuriser sa communication et d’éviter le greenwashing.

Reconnaître, rendre visible, créer de la valeur

A. G. : La valorisation des engagements RSE consiste à reconnaître ce qui existe déjà, à le rendre visible, à l’inscrire dans une démarche cohérente et responsable, et à créer de la valeur économique, humaine et collective.

C’est un travail qui demande de la méthode, de l’écoute et de l’honnêteté. Mais c’est aussi un levier puissant pour mobiliser les équipes, différencier l’entreprise, et construire une relation de confiance avec ses parties prenantes.

Le regard de l’intervieweur

Le mot de la fin par Éloi Choplin : « Je retiens une idée simple et assez forte : la RSE ne part jamais de zéro. Elle existe déjà, sous des formes visibles ou plus discrètes. Le travail consiste à la reconnaître, à la rendre lisible et à lui donner une cohérence. Ce qui m’a marqué dans cet échange, au-delà de l’originalité de cette interview consistant à dialoguer avec notre Directeur Général, c’est cette capacité à relier des choses très concrètes comme un déménagement ou une pratique bien ancrée dans le quotidien, à une vision plus large. J’en comprends que la valorisation joue ce rôle de lien. Elle permet de transformer des actions isolées en démarche, et une démarche en valeur. »

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